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La fonction de l’artiste


 


 


 

Surgissant du plus profond de soi-même, semblant sortir d’une nuit opaque, l’artiste-créateur, le temps d’un éclair, reçoit un choc, s’en trouve illuminé et percutant un monde parallèle, va percevoir sous un nouvel éclairage l’univers tout entier. La source d’une œuvre d’art est là.

L’origine en semble lointaine et extrêmement profonde, comme venant d’un monde cosmique intérieur, mais quittant ce domaine flou, appelé « inconscient » par les psychanalystes, l’artiste-créateur attrape au vol cet état que Valéry disait « don des dieux », et le projette dans le domaine du conscient. Le fiat de la création vient de se produire.
Il s’agit à présent de le faire passer dans le monde physique et pour cela des outils sont à la disposition de l’artiste : métier, technique et talent. Partant de cette étincelle, le poète, le musicien, le peintre, le sculpteur, l’artiste en général se met à sa table et « travaille » dans un plan qui est notre plan physique et temporel, dans lequel il va pouvoir communiquer et faire passer à d’autres son illumination ou sa vision. Une œuvre d’art palpable va ainsi prendre forme et être perceptible par les sens.
Arrive alors l’artiste-récepteur ; un être va entrer en contact avec cette œuvre et de différentes manières : soit par le « coup de foudre », soit lentement, soit par l’étude et le travail. Par ses sens, il va prendre conscience de l’existence de cette œuvre ; cependant, si la perception s’arrête là, le but du créateur n’est pas atteint, il reste un amuseur, un esthéticien.

ECRITS DE JEUNESSE

Heureusement, plus souvent, cette perception sensorielle fait vibrer des fibres plus profondes. L’être est remué plus intensément, les souvenirs émergent, les « correspondances » affluent, le monde s’ouvre, la vision s’élargit. Plus loin, des symptômes physiques peuvent apparaître : chair de poule, oppression respiratoire, larmes, etc ; et plus loin encore, c’est parfois alors le miracle qui se produit, le voile qui se déchire, et qui rend l’art chose grave, sérieuse, divine, inviolable et sacrée : le domaine de l’inconscient est transcendé, l’œuvre rentre dans le moi-intérieur de l’être-récepteur, et par le trajet inverse retourne au point de départ dont elle était sortie. En sens inverse, le fiat est renouvelé et l’on peut se demander si ce fiat-reçu, de par sa force et sa similitude avec les symptômes du fiat-créateur, n’est pas lui-même, pour l’être qui le ressent, une autre création, une création intérieure.
Alors seulement se trouve réalisée la fonction de l’artiste : être un canal entre Dieu et ce monde.

 

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Vers les années 1960 à BLF (Hte Saône) j'écris ça :

 

NB : En réalité les illustrations de ce texte devraient être des insectes et des araignées,

créatures que je ne peux même pas regarder!

 

"Je suis dans un rêve... Je suis "halluciné"; je suis "hanté"!J'ai
la hantise de marcher sur une araignée! D'y marcher non seulement pieds
nus : sentir se recroqueviller sous sa chair ses pattes velues : quelle
horreur! mais sous sa semelle même : entendre craquer cette carapace
charnue chargée de chairs et de venin!

Cet orage m'a irrité les nerfs, et mon inconscient déchaîné s'est déréglé.
C'est toujours cette hantise du viol de la pureté formelle qui me tourmente :
L'immaculée blancheur qui s'étiole en taches noires et en boursouflures comme un
beau cèpe des prairies lorsqu'il pourrit. C'est toute la révulsion
provoquée par la complexité des pattes des insectes, des araignées et la
raison pour laquelle une chaire nue et nette m'apaise.

ECRITS DE JEUNESSE

La nuit est splendide hélas, mais c'est une chose horrible. Sans doute ai-je vu le plus beau ciel wagnérien qu'on puisse contempler : nuages énormes
chargés d'éclairs et de nuit, éclairage vert, (n'aurais-je pu voir non
plus surgie du mur d'eau - et pourquoi pas des profondeurs du Rhin étant
Nixe moi-même - "la cathédrale engloutie" ?)
Mais "le Crépuscule des Dieux" agissait en mon âme si apte et si sensible - masochiste raciniennes - à happer le Tragique...!
Et dans mon effort de sommeil à l'odeur du cierge qui fume, des vampires
géants aux ailes et aux griffes déployées, noirs et au regard mauve,
ainsi qu' "un monstre hideux en hurlant" poursuit Faust, se campent en
face de l'entrée du jardin et m'empêchent d'uriner.

ECRITS DE JEUNESSE

Un corps tombe sur mon oreiller! : comme un insecte! Et dans mon affolement impulsif, l'électricité m'offre son prompt secours et découvre, sur mon oreiller, une monstrueuse patte de sauterelle (une
seule) encore toute frissonnante de vie! Je cherche l'insecte sur le
mur, nu, humide, qui me semble à présent cacher tout un éventuel monde
d'insectes, hostiles, nuisibles, venimeux et hideux.
Derrière une assiette (de décoration évidemment) pendue au mur, je découvre le
monstre (cul de jatte) et me fixant de son regard glauque, glauque comme
l'inondation crépusculaire de tantôt, acerbe comme celui des monstres 

qui tout à l'heure hantaient l'entrée du jardin.
Mais mon exploration découvre, toujours au dos de cette assiette, une piteuse et poussive toile d'araignée, mais dense encore, et dans laquelle, ainsi des
crustacés dans un filet, gisent quelques pattes d'insectes déjà ridées  et recroquevillées par le temps, membranes de chaires rouges hérissées de crampons. 

 

 

 

ECRITS DE JEUNESSE

Quel drame s'est déroulé ici… dans le temps ? Que faisait cette sauterelle géante et repue dans ce monstrueux garde-manger?
Dès lors tout prend caractère effrayant fait pour m'épouvanter : une
poussière folâtrant dans le cercle lumineux de ma lampe fait surgir à
mes yeux tout un essaim d'insectes volants vers moi, une fibre de la
natte égarée sur mon drap devient l'antenne d'un monstre caché sous mon
lit, un picotement de ma peau et me voici dévoré par quelque monstre
abject! Je n'ose poser le pied à terre : les fibres de la natte se
joignant aux aspérités - de forme et de couleur - du mur, sont autant
d'ennemis qui rompent une fois de plus la primordiale et uniforme pureté
spatiale - de forme et de couleur - hantise de mes cauchemars d'enfants
durant mes nuits de fièvre.

Comme la tache d'un insecte se repère aisément sur un mur bien tapissé, clair et uni...!
Les derniers souffles, les derniers grondements, un craquement du plancher,
l'arrivée du silence, la pluie cessée, s'emparent de moi et me
terrorisent.
L'insecte une fois capturé - sans le contact de mes
doigts ni de ma peau - m(a)is dans un verre recouvert d'un livre, est
jeté dans les "ténèbres extérieures" aux monstres qui les protègent.

 

Ah! Si la Nature, demain, à l'aube, pouvait m'offrir la joie, la paix qui
rayonnent du cœur de Faust aux  premières mesures de la "Damnation"* ou
l'exaltante béatitude de "l'enchantement du Vendredi Saint"!... »

 

 

 

ECRITS DE JEUNESSE

Mais aussi, cet autre texte, plus simpliste,

 

écrit vers mes 14 ans :

 

 

 

 

 

 

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Published by bernardcousin

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