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https://www.youtube.com/watch?v=X9Dh43kVL1Q

 

Je m’improvise « facteur d’orgue » !

 

La maison de ma grand-mère – en Haute-Saône près de Faverney – était contiguë à l’église. Depuis le potager on entendait sans problème la messe et l’orgue.

 

 

 

Capture-d-ecran-2012-06-22-a-13.48.35.png

 

Cette grand-mère, veuve de guerre évidemment, était devenue bigote et nous faisait, mes frères et moi, servir la messe et sonner les cloches !

Bref elle considérait l’église comme sa propriété ou sa chose !

 

 

Ci-dessous on tourne le dos à l'église et on voit la maison de ma grand-mère.

 

Attention! Dans l'enregistrement qui suit quand je dis "c'était bien avant Vatican II" il faut comprendre :

"c'était JUSTE AVANT Vatican II".

 

link

 

Or un jour elle nous dit, à l’emporte pièce, à mon frère (de huit ans plus  âgé que moi) - quel âge ai-je ? dix ans ?!- Elle nous dit cette phrase incroyable! : « Allez-donc réparer l’orgue, il parait qu’il y a des jeux qui coincent ! »

 

Et nous voilà, mon frère et moi à la conquête de cet orgue.

Ce n’est pas (il existe toujours) un petit instrument de campagne :  un beau buffet, deux claviers et un pédalier, des centaines de tuyaux, une vingtaine de jeux, des pédales d’accouplement[1] et des « tirasses[2] », une pédale d’expression, et date, comme l’église, du XVIIIè siècle.

Il y avait les jeux du clavier « positif et grand orgue » en noir,  ceux du clavier de « récit » en rouge et ceux du pédalier en vert.

 

Je ne sais comment nous avons fait pour intervenir à deux sur cet orgue qui fonctionnait avec un soufflet manuel.

 

 

(aux grandes orgues de St Augustin à Paris, mon ami Didier Matry)

 

http://didiermatry.com/

 

https://m.youtube.com/watch?v=MLg381LC770&feature=youtu.be

 

 

 

Capture-d-ecran-2011-10-22-a-17.11.04.pngC’est-à-dire qu’il fallait une troisième personne pour actionner, avec ses bras, le soufflet qui n’était pas encore électrifié.

Bref l’orgue fonctionne et en tirant tous les jeux nous entendons en effet une cacophonie incroyable.

 

Pour le pédalierCapture-d-ecran-2011-10-22-a-17.24.03.png nous commençons par retirer tous les missels et les livres de messe (en NeumesCapture-d-ecran-2011-10-22-a-17.47.27.png et en Latin s’il vous plaît !) glissés sous le pédalier et qui étaient source de bien des inconvénients. Une fois ce problème résolu mon frère et moi nous nous attaquons à régler les tiges reliant les touches du clavier aux tuyaux (en tournant des sortes de boulons en liège ou en bois) et ainsi nous sommes arrivés à faire cesser plusieurs jeux bloqués.

 

 

Mais ensuite nous dûmes entrer dans l’orgue ! Et là nous découvrons avec horreur des nids d’oiseaux installés dans certains tuyaux métalliques ouverts (dits « à anche »)Capture-d-ecran-2011-10-22-a-17.27.46.png que nous nous empressons de nettoyer, puis autre horreur ! certains de ces même tuyaux avaient été cisaillés (comme un lapin qu’on écorche) sans doute pour obtenir un « accord » (d’une manière empirique et sauvage). Evidemment là, nous ne pouvions rien faire.

Mais somme toute nous avons bel et bien « réparé l’orgue » !

 

Depuis il a été entièrement révisé par un VRAI Facteur (originaire de Mirecourt je crois) – mais il y a bien trente ans de cela, comment est-il aujourd’hui cet orgue ?-. Et quand je suis allé lui rendre visite, lui, en pleine action[3], avec mes filles il a été surpris de la façon « savante » dont je leur présentais l’instrument ! Le pauvre ! Il ne pouvait pas savoir !

 

J’ai toujours pensé que de cette aventure j’aurais pu tirer une vocation de « facteur d’orgue ». Sur l’orgue j’étais déjà bienCapture-d-ecran-2013-08-31-a-11.36.02.png sensibilisé (j'en ai même joué!) car l’orgue de ma petite ville natale était un très bel instrument, un Cavaillé-Coll s’il vous plaît !

 

 

Témoignage d'un mélomane éclairé (RC) :

 

« L’orgue de V… a été démoli en 1966 à la suite d’abus des fossoyeurs de trop d’instruments j’ai nommé : Norbert Dufourcq, Marie-Claire Alain et le facteur d’orgue Kern de Strasbourg.

Il y a eu tant de démolitions d’orgues aux environs de l’année 1966 que les autorités ecclésiastiques y mirent un terme en interdisant les transformations de factures.

Le trio de compères n’a plus sévi depuis. »

 

 

 

En tout cas les orgues me fascinent toujours et je connais certaines d’entre elles que je vais régulièrement écouter, St Sulpice, Notre-Dame et bien sûr St Eustache dont j’ai suivi, depuis que je suis à Paris (1961) les péripéties (n’a-t-il pas été muet une bonne dizaine d’années ?) !

Mais quand je passe devant une église j'y entre toujours pour voir l'instrument qu'il contient!

Je fréquente aussi régulièrement les concerts d’orgue du CRR[4] de la rue de Madrid et Capture-d-ecran-2011-10-22-a-17.33.05.pngl’instrument formidable du CNSM[5] à la porte de Pantin. 

 

Pour St-Eustache je veux quand même préciser la particularité qu’il possède deux consoles, une dans le buffet bien sûr et l’autre au sol dans la nef !

 

 

Combien de fois ai-je écouté et admiré les organistes qui se produisaient sur cette console. Jean Guillou évidemment. Le jeu de jambes au pédalier épatant toujours le public et particulièrement l’ancien et mauvais pianiste amateur que j’ai été.

 

 

Capture d’écran 2011-12-08 à 16.22.50

 

Mais comment font-ils pour synchroniser leurs quatre membres (et les cinq claviers de St Eustache !) ?...

 

Capture-d-ecran-2011-10-22-a-17.43.25.png

 

Photo A.C.

Ci-dessous l'orgue de mon petit village où eut lieu cette

"étrange histoire"!

photo A.C.

 

Ecoutez! Ce n'est pas l'orgue de mon petit village mais c'est très beau!

 

https://www.youtube.com/watch?v=PhRa3REdozw

 

Notes :

 

 

Ce qui est étrange c'est que mon père, âgé de 30 ans, durant la "drôle de guerre" a eu la même expérience que moi - il a remis en état l'orgue de St-Félix de Lauragais où il était cantonné avec ses camarades de malheur.

 

Mon frère aîné, pendant des années, a tenu l'orgue de la chapelle du lycée.

 

(et mes filles m'ont avoué récemment avoir joué, enfants - ce qui n'est pas banal - sur ce même orgue de B L F dont je parle dans cet article...)

 

 

Sur trois générations, trois expériences similaires...

 

et bizarrement tout cela n'a donné aucun organiste alors que beaucoup de conditions étaient réunies...!

 

 

L'orgue de St-Félix de Lauragais.

 

voir aussi : http://bernardcousin.over-blog.com/2020/07/souvenirs-d-enfance.html

 


[1] L’accouplement accouple les claviers entre eux : quand on jouait le « positif » les touches du « récit » s’enfonçaient en même temps.

[2] Les « tirasses » accouplent (en tout cas dans cet orgue) le pédalier au clavier « positif ».

[3] Il était en short, glissé sous le "sommier ". En entrant dans la tribune je n’ai vu que ses jambes nues et j’ai parlé à des jambes ! Le métier de « facteur d’orgue » est un métier qui demande des compétences extraordinaires : d’abord c’est un métier physique, il faut être menuisier, plombier, ingénieur ; puis artistique et intellectuel : avoir une oreille à toute épreuve et infaillible, une culture organistique exhaustive et savoir soi-même jouer de l’orgue pour essayer l’instrument. Que de talents !Capture-d-ecran-2011-10-22-a-17.15.32.png

[4] Conservatoire à Rayonnement Régional.

[5] Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse

UNE ETRANGE HISTOIRE
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